Les déjeuners et dîners au Champagne

Rien ne vaut le repas au Champagne où le grand vin est servi exclusivement du début à la fin. Bien conçu, c'est le sommet du raffinement et de l'élégance.

Il n'est dans l'esprit de personne de ne pas accueillir aux repas les excellents vins du Bordelais, de la Bourgogne, de l'Alsace, de la Loire, des Côtes-du-Rhône, et des autres vignobles de France et de l'étranger. Les déguster (avec modération) est souvent un plaisir rare dont il serait bien dommage de se priver. Le Champagne et ces nobles personnages ne se font pas concurrence, ils se complètent. Les repas au Champagne ne peuvent qu'être occasionnels et ils prennent ainsi une valeur d'exception.

Ainsi compris, le repas au Champagne crée la fête et met les convives en état de grâce, avant même que les agapes aient commencé. Toute fête suppose en effet un décor ; avec le Champagne, il est réalisé tout naturellement par le seau à glace et l'habillage somptueux de la bouteille, qui n'attend que les trois coups du début de la cérémonie pour laisser éclater le feu d'artifice de ses bulles. Au premier verre, le Champagne donnera le ton qui, selon les circonstances, sera celui de la confidence, de la jovialité, voire de l'intellectualité, car il est le plus éclectique des vins et ses effets sur le psychisme donnent à chacun ce qu'il en attend. C'est en outre un vin merveilleux en toutes saisons. En été, il permet de boire frais tout au long du repas. En hiver, il rafraîchit la chaleur communicative des banquets, qui peut également être celle des tête-â-tête.

Le repas au Champagne n'a pas seulement pour avantage d'assurer la réussite d'ambiance d'un déjeuner ou d'un dîner. C'est une formule commode à plusieurs égards. Il évite le panachage des vins et en cela il est d'actualité. L'hôte n'a pas à se préoccuper de choisir entre plusieurs vins et de régler l'ordre d'apparition de ceux qu'il aurait retenus, ce qui peut poser à certains quelques soucis. En outre, les convives s'en trouvent bien, car il en est dont l'organisme s'accommode mal d'un mélange de vins ; c'est d'ailleurs ce qui fait le succès du Champagne pour les repas d'affaires, car il laisse l'esprit clair et le corps léger.

Avec le Champagne servi comme vin unique, les dispositions préparatoires au repas sont très simplifiées. On peut l'acheter, ou le remonter de la cave, peu de temps avant, ce qui n'est pas le cas d'un Haut-Brion ou d'un Volnay. On n'a pas besoin de décanter. Il est enfin beaucoup plus aisé de rafraîchir à la bonne température le Champagne que de chambrer convenablement un vin, en hiver par exemple lorsqu'il fait 20° dans la pièce, ce qui est trop chaud, lorsque dehors il gèle et que dans la cave, à 12°, il fait trop frais pour les grands vins rouges. Le service est lui aussi simplifié. Il suffit d'un seul type de verre, dont l'élégance joue son rôle dans le décor, et la nappe reste immaculée si le Champagne y a été renversé par mégarde, même en quantité appréciable, cela étant cependant moins vrai pour le rosé.

Le Champagne au dessert

C'est au dessert des deux repas principaux que coule surtout le Champagne. Les puristes le regrettent car ce n'est pas le meilleur moment : à la fin du repas les sens sont émoussés et ne peuvent percevoir toutes les finesses d'un vin aussi délicat que le Champagne. En outre, comment apprécier un vin dans le brouhaha qui termine parfois un dîner.

En ce qui concerne les possibilités d'appréciation du vin, le Champagne est cependant à sa place en fin de repas si on le choisit dosé. Mais c'est en général du brut que l'on verse, ce qui rend difficile la compatibilité du vin et du dessert, la siccité de l'un s'opposant à la douceur de l'autre. Les Champagnes dosés, au contraire, s'harmonisent bien avec les mets sucrés et c'est justement pour cette raison qu'en tant que vins de dessert ils ont conquis leur place à table dans la première moitié du XIXe siècle. En outre, si on a bu des Champagnes bruts au cours du repas, il est logique de se reposer le palais avec un vin plus doux, comme on le fait pour les mets avec le dessert. Dans leur grande majorité, les gastronomes et experts sont formels : le Champagne convient aux desserts et aux pâtisseries du goûter, à condition qu'il soit sec ou demi-sec.

 

Fermer la fenÍtre